Construire une « Communauté bien-aimée » à Atlanta et au-delà

Le programme du diocèse visant à démanteler le racisme sert de modèle à d’autres

de David Paulsen
Posted Aug 5, 2016
La Commission du Diocèse d’Atlanta pour le démantèlement du racisme organise une formation en février à la Cathédrale St. Philip. Photo : Catherine Meeks

La Commission du Diocèse d’Atlanta pour le démantèlement du racisme organise une formation en février à la Cathédrale St. Philip. Photo : Catherine Meeks

[Episcopal News Service] Des scènes de violence et des manifestations se sont déroulées avec une fréquence brutale dans une Amérique divisée habituée à voir de telles actualités sous l’angle racial.

Deux hommes noirs sont abattus par des policiers en Louisiane et au Minnesota. Les manifestants se rassemblent derrière des bannières de « Black Lives Matter » [Mouvement Les vies noires comptent]. Des embuscades à Dallas et à Baton-Rouge font huit morts parmi les forces de police. D’autres meurtres d’hommes noirs commis par la police sont signalés à travers les États-Unis.

« Nous qui sommes chrétiens sommes appelés à nous interposer entre et au milieu de tout cela, en essayant d’offrir une alternative à simplement déborder de haine et de rage » déclare Catherine Meeks, figure de proue des efforts continus de l’Église épiscopale de lutte contre le racisme dans la structure de l’église, de ses congrégations et dans la société.

Catherine Meeks, professeur en études afro-américaines à la retraite, est à la tête de la : Communauté bien-aimée : Commission pour le démantèlement du racisme du Diocèse d’Atlanta. Cette commission et d’autres comme elle dans le pays font partie de la mission de l’Église épiscopale visant, depuis de nombreuses années, à démanteler le racisme et à s’attaquer au racisme institutionnel dans l’église qui, selon certains, remonte aux tout premiers peuplements européens en Amérique.

L’église en 2000 a imposé une formation anti-racisme pour les dirigeants à tous les niveaux de l’église mais certains diocèses n’ont pas mis en application ces plans. Selon Catherine Meeks, il y avait une certaine réticence de la part des dirigeants de ces paroisses qui voyaient cette formation comme excessivement institutionnelle.

Catherine Meeks dirige la commission d’Atlanta depuis quatre ans pendant lesquels elle a réussi et reçu des éloges pour avoir mis l’accent sur le cheminement spirituel. Le diocèse et elle sont à la pointe du changement qui consiste à voir la question raciale d’une manière plus active sous l’angle de la spiritualité tout en élaborant des formations qui y correspondent.

« Le racisme est une question spirituelle et il doit être abordé de cette manière » explique Catherine Meek. « Le démantèlement du racisme fait partie de la formation spirituelle, de la même façon que d’aller à l’église chaque dimanche ».

« Silence et complicité historiques »
La question du racisme revient constamment à la Convention général de l’église, qui se tient tous les trois ans. Là, c’est une question de foi.

Par le baptême tous les peuples sont vus comme des enfants de Dieu, quelle que soit leur race. Le racisme « nous empêche de devenir la communauté bien-aimée à laquelle notre Seigneur Jésus-Christ nous convie dans le Pacte du baptême » déclare l’église dans une résolution de 1994. L’église souligne que le racisme est un péché qui doit être surmonté – par les fidèles et par l’institution elle-même.

Une résolution approuvée lors de la Convention générale de 1991 a décidé que l’église devait « s’attaquer au racisme institutionnel existant au sein de notre Église et dans la société » et une résolution de 2000 a renouvelé cet engagement pour une nouvelle période de neuf ans, déplorant « le silence et la complicité historiques de notre église vis-à-vis du pêché du racisme ».

« Cela remonte à nos racines » déclare le Révérend Charles Allen Wynder Jr., diacre au service de l’Évêque Président Michael Curry en qualité de missionnaire pour la justice sociale et la défense des droits.

Charles Wynder, épiscopalien de longue date qui habite maintenant en Caroline du Nord, est à l’origine de Hampton en Virginie, lieu de l’un des premiers peuplements européens en Amérique et de l’une de ses premières églises, St. John’s Episcopal Church, comme il le fait remarquer. C’est également là que certains des premiers esclaves sont arrivés au Nouveau Monde et, tout comme dans l’histoire des États-Unis, l’oppression des Africains et des autres gens de couleur allait devenir profondément enracinée dans l’histoire de l’Église épiscopale.

« L’église était là au début et elle était complice » nous confie Charles Wynder.

Il cite des exemples pris au fil des années, depuis les fermes du Sud d’avant la guerre de Sécession appelées « glebes » qui étaient la propriété des paroisses et où travaillaient des esclaves, jusqu’à la controverse en 1963 dans le Diocèse d’Atlanta où la Lovett School avait refusé l’admission à l’école du fils du Révérend Martin Luther King Jr.

Les efforts de l’église visant à démanteler le racisme revêtent une plus grande urgence cette année en raison des violences meurtrières en Louisiane, au Minnesota et au Texas, écrit Charles Wynder dans un récent article intitulé « Bloody July » [Juillet sanglant] pour The Living Church. « Il faut que la justice et la réconciliation raciales soient à l’ordre du jour de l’Église » y écrit-il. « Force est pour nous de le reconnaître ».

Catherine Meeks, elle aussi, voit son travail dans le contexte de ce qui se passe au niveau national bien que sa priorité immédiate soit sa propre ville.

«La question raciale est comme un fil conducteur présent tout au long quasiment de l’existence d’Atlanta et nous sommes, comme beaucoup d’autres villes, en quelque sorte sur la corde raide en ce moment » déclare-t-elle.

Rattacher la question raciale au cheminement spirituel
Catherine Meeks rappelle aux chrétiens qu’ils sont engagés à vie dans un cheminement spirituel et que le racisme n’est pas un problème qui peut être résolu en une journée de formation.

L’exigence d’organisation de formations anti-racistes a constitué un défi pour les diocèses du pays pendant des années. Les participants en ont souvent ressenti l’obligation mais n’en ont pas ressenti la valeur, particulièrement en ce qui concerne les séances qui durent habituellement deux jours. Le terme « anti-racisme » lui-même était problématique, ajoute Catherine Meeks, c’est pourquoi le diocèse d’Atlanta l’a changé en « démantèlement du racisme » dans le nom de la commission et y a ajouté « Communauté bien-aimée ».

Sous la direction de Catherine Meeks, les formations ont évolué. Elles ont été condensées en une journée de 9h à 16h et le lieu était important. Catherine Meeks a trouvé qu’il était plus chaleureux que les séances de formation se tiennent dans les églises paroissiales plutôt que dans la cathédrale.

Mais surtout, les séances devaient être centrées sur la formation spirituelle. Chaque séance commence maintenant par l’Eucharistie, donnant ainsi le ton pour les enseignements qui suivent.

Le diocèse, à l’image de l’Église épiscopale, est principalement blanc mais Catherine Meeks essaie de veiller à ce qu’il y ait une certaine diversité dans la pièce où se trouvent 20 à 25 participants alors qu’elle démarre les exercices du jour. Les prêtres, les diacres, les séminaristes, les administrateurs de paroisse et autres laïcs sont invités à se souvenir du moment où ils ont pour la première fois pris conscience de la question raciale. Un autre exercice vise à les faire réfléchir à leurs propres préjugés. Après une courte pause déjeuner, la formation aborde des sujets plus épineux, comme le concept du privilège des blancs.

Le groupe cite aussi les Écritures. Il prie à trois reprises. Et à la fin de la séance, les participants font part des moments de la journée où ils ont ressenti la présence de Dieu.

« Cette formation a complètement changé la manière dont je vois les choses et en fait dont je vois ma vie dorénavant » explique Leah Tennille.

Leah Tennille, âgée de 33 ans, a été élue au conseil de l’Urban League of Greater Atlanta, où elle est l’une des trois administrateurs blancs – « C’était la première fois de ma vie où je me trouvais en minorité dans la salle » et le recteur de son église l’a encouragée à essayer l’une des formations de Catherine Meeks au début de cette année.

Elle a apprécié le fait que la séance commence par la communion et que Catherine Meeks crée un espace sécurisant où tout le monde puisse parler honnêtement de la question raciale. Lors d’un exercice d’écoute, les participants sont groupés deux par deux pour faire part d’un moment où ils se sont senti blessés par quelqu’un d’une autre race.

Les formations ont également impressionné Joyce Smith Hendricks, qui a assisté à une séance l’automne dernier car elle fait partie du comité de recrutement d’un nouveau recteur pour sa paroisse dans la banlieue d’Atlanta.

Joyce Smith Hendricks, âgée de 66 ans, à présent retraitée après avoir travaillé dans la finance et la comptabilité, dit qu’elle a senti les effets du racisme sur le lieu de travail lorsque des collègues lui communiquaient des attentes différentes du fait qu’elle était une femme noire.

« J’ai pratiquement tout le temps été l’exception à la règle. « Oh vous, vous êtes noire, vous êtes différente du reste » » s’entendait-elle dire.

Les participants à sa séance sur le démantèlement du racisme étaient pour la plupart des blancs mais, venant d’horizons très divers, ils en ont retiré quelque chose de positif, confie Joyce Smith Hendricks.

Leah Tennille, qui possède une entreprise qui aide les organismes à but non lucratif en matière de subventions, reconnait que la formation de Catherine Meeks « nous a réunis en tant qu’épiscopaliens »

« Nous sommes tous d’Atlanta mais nous venons de différentes paroisses et de différentes communautés » explique-t-elle. Le démantèlement du racisme, c’est « voir le visage de Dieu dans l’autre ».

Une mission au-delà d’Atlanta
Quatorze formations sont prévues cette année et leur nombre devrait parvenir à 20 l’année prochaine. Les gens détestaient y assister, avoue Catherine Meeks, mais maintenant la demande est croissante.

Une délégation de la Nouvelle-Orléans est venue à Atlanta en février pour en savoir davantage sur les formations de démantèlement du racisme du Diocèse d’Atlanta. On voit, à partir de la gauche, Trevor-David Bryan, Pat Corderman, Dan Krutz, Lindsey Ardrey, aux côtés de Robert Wright, l’Évêque d’Atlanta. Photo : Catherine Meeks

Une délégation de la Nouvelle-Orléans est venue à Atlanta en février pour en savoir davantage sur les formations de démantèlement du racisme du Diocèse d’Atlanta. On voit, à partir de la gauche, Trevor-David Bryan, Pat Corderman, Dan Krutz, Lindsey Ardrey, aux côtés de Robert Wright, l’Évêque d’Atlanta. Photo : Catherine Meeks

Dans le même temps, les diocèses partout dans le pays essaient de tirer les enseignements de la réussite d’Atlanta et des délégations de Chicago et de la Nouvelle-Orléans se sont rendues à Atlanta pour voir de près le travail de la commission.

« Je vois beaucoup de similitudes entre nos luttes et ce à quoi Atlanta devait faire face » nous dit Lindsey Ardrey, co-présidente de la  Commission de réconciliation raciale du Diocèse de Louisiane.

Après que Catherine Meeks se soit rendue à la Nouvelle-Orléans en décembre pour rencontrer la commission de Lindsey Ardrey, Lindsey et trois autres personnes se sont rendues à Atlanta en février pour assister en personne à l’une des formations de Catherine Meeks.

« Ce que j’apprécie… c’est qu’il n’y est absolument pas question de culpabilité » déclare Lindsey Ardrey, se joignant aux autres dans leur éloge du fondement spirituel du programme.

Les enseignements tirés à Atlanta guident la réponse du diocèse de Louisiane aux récentes tueries qui ont eu lieu à Baton Rouge. Dans un cas, la commission est invitée à fournir des ressources pour aider un lycée épiscopal de la ville à débattre de la violence avec des étudiants quand ils rentrent cet automne.

« Il nous faut en parler » ajoute Lindsey Ardrey. « Nous avons prétendu que la question raciale n’avait pas d’importance et qu’aucun de nous ne percevait les couleurs et de toute évidence ce n’est pas le cas».

À la lumière des événements actuels, Catherine Meeks ressent un « sentiment d’urgence à redresser certaines de ces choses ». Sa priorité actuelle reste au niveau local.

« J’aimerais voir la commission disparaître progressivement » nous confie Catherine Meeks, envisageant un avenir idéal où les travaux commencés par la commission parviendraient organiquement au niveau paroisse, voire même d’une personne à l’autre.

Une telle vision est loin de la réalité mais Catherine Meeks est encore convaincue que les gens peuvent prendre ce qu’ils apprennent lors des séances de formation et l’appliquer immédiatement pour lutter contre le racisme dans leur propre vie et dans leur communauté.

« Pour les chrétiens, une partie du travail ne se fait pas dans l’église, il se fait à l’extérieur de l’église » explique-t-elle. « L’église n’est que le poste de ravitaillement  ».

– David Paulsen est un rédacteur indépendant de Milwaukee (Wisconsin) et membre de la Trinity Episcopal Church de Wauwatosa.


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