La Promenade des Anglais, en deuil

de Laurence Moachon
Posted Jul 18, 2016

ens_081816_nice1Sur la “prom” les drapeaux qui flottent au vent sur fond de ciel azuréen, sont en berne.

De-ci de-là, des bouquets ont été accrochés sur les barrières le long de la chaussée, interdite à la circulation. Près d’un parterre où se mêlent, fleurs, bougies, petits mots manuscrits et ours en peluche, de jeunes niçois chantent en nissart, leur attachement à leur ville : Nissa la bella.

À quelques centaines de mètres, dans la rue de la Buffa, parallèle à la promenade des anglais, un petit groupe s’est réuni à l’église Holy Trinity pour prier.

Le révérend Peter Jackson lit à haute voix les textes qu’il a choisis : Isaïe 11, 6 à 9, le loup habitera avec l’agneau… Matthieu 5, 43 à 48, aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs…

ens_081816_nice2Accompagné à l’orgue, le petit groupe entonne le fameux hymne Abide with me, avant que chacun ne s’avance pour se recueillir et allumer une bougie à la mémoire des 84 personnes décédées, le 14 juillet.

Mondialement connu, l’hymne anglican Abide with me, œuvre d’Henry Francis Lyte, fait partie de l’histoire d’Holy Trinity.

Ordonné en 1815, Lyte en a composé les paroles et la musique quelques mois avant sa mort à Nice, en 1847. Il est enterré dans le cimetière de l’église et sa tombe continue de recevoir des centaines de visiteurs, chaque année.

L’histoire d’Holy Trinty avait commencé vingt trois ans plus tôt, le dimanche de l’Avent 1822, avec l’ouverture de la chapelle protestante épiscopale de Nice. C’est au révérend Lewis Way qu’on la doit.

Lewis Way sera également à l’origine de l’église anglicane St George’s de Paris, avec la création de la chapelle Marbeuf. Réputé évangélique, on peut encore dire aujourd’hui qu’il s’est aussi montré prophétique. Dans un sermon de1822, il décrivait l’Europe comme “le théâtre où l’apocalypse se manifesterait*.”

ens_081816_nice3Son nom est étroitement associé à la promenade des anglais. En 1823, Nice subit la pénurie après de sévères gelées pendant l’hiver. Répondant à son appel, une soixantaine de paroissiens aisés de l’église anglicane se cotisent pour donner du travail aux nombreux indigents qui vont élargir le chemin du littoral sur lequel les anglais aiment à se promener.

Leur charité est aussi l’occasion de démontrer leur bonne volonté vis-à-vis du Royaume sarde dont dépend Nice. À l’époque l’administration turinoise ne fait que tolérer la présence de l’église anglicane.

La strada del littoral devient “le camin des ingles“ et en 1844, seize ans avant le rattachement de Nice à la France : la promenade des anglais.

En sortant de Holy Trinity, ce samedi 16 juillet 2016, on peut apercevoir un peu plus loin sur le trottoir, une queue qui s’est formée devant la boutique d’un fleuriste. Lundi 18 juillet, les fleuristes niçois veulent recouvrir la promenade de fleurs.

Hommage aux victimes et maintien de la tradition. À Nice, lors du Carnaval, c’est sur la promenade des anglais que se déroule la “bataille” de fleurs.

* Source : An anglican Adventure, par le rév. Matthew Harrison, recteur de l’église St George’s de Paris.


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